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De la fracture à la matière


Francesca Piqueras

Une interrogation sous-tend toute son œuvre : la relation que nous entretenons avec notre environnement. Elle raconte une histoire singulière et universelle, celle de l’humanité constamment vouée à modifier le monde qui l’entoure.

Francesca Piqueras est une artiste paradoxale. Ses photographies sont sonores, elles captent le murmure de la brume, le souffle du vent sur la montagne zébrée de carrières de marbre, au bord du vertige. Ses images rompent sans effort ni affectation le silence de la pierre, celle qui éclate sous le burin ou les scies gigantesques. Ses photographies donnent de la voix, une voix profonde et grave, empreinte d’une surprenante douceur. La voix de la montagne de marbre.

Francesca Piqueras est une photographe paradoxale. Elle ne fige pas le temps, elle l’apprivoise, le laisse s’écouler avec lenteur dans chacune de ses compositions. Elles sont d’une rigueur absolue, jamais le cadre n’enferme le regard, mais le laisse au contraire libre de divaguer hors-champ, de s’aventurer dans nos imaginaires et de créer – comme on joue à quatre mains – une partition visuelle unique et surprenante, totalement personnelle.

Son écriture insolite, proche de la poésie visuelle d’Henri Michaux ou des abstractions lyriques de Vassily Kandinsky, de Jackson Pollock ou du Groupe Cobra, révèle au grand jour, avec pudeur et sans ostentation, ce qu’il existe de beau dans un univers livré au chaos.

Fidèle à sa démarche esthétique, Francesca Piqueras confronte la puissance indomptée de la nature à la fragilité des plateformes abandonnées construites au large par une humanité insoucieuse de la dynamique des éléments.

Francesca Piqueras

Lorsqu’en 2007, elle pousse les portes de la galerie de l’Europe, Francesca Piqueras sait qu’elle a choisi son destin.

Elle sera artiste, et pour cela, elle a risqué le tout pour le tout, abandonnant le cinéma et une carrière de monteuse sur plusieurs longs métrages. C’est la photographie qui sera son medium d’élection, résurgence d’un amour d’adolescence pour l’appareil photo offert pour ses treize ans.
Il faut dire que l’art fait partie intégrante de son existence. Bien avant les études de cinéma et d’histoire de l’art, ce sont ses parents, tous deux artistes (son père, Jorge Piqueras, peintre et sculpteur péruvien, sa mère, Grati Baroni, peintre florentine), et leurs amis – Salvador Dali, Man Ray, Marcel Duchamp – qui ont imprégné d’esthétisme, de créativité et de rigueur son jeune esprit. Mais Francesca Piqueras n’entend pas suivre la voie qui semble s’ouvrir à elle.
C’est le Septième Art qui aura ses faveurs, jusqu’à son retour à la photographie, et la rencontre avec Olivier Bourdon, à la galerie de l’Europe, à Saint-Germain-des-Prés. Le succès immédiat de sa première exposition préfigure l’élaboration d’un travail photographique au long cours, que scelle une profonde collaboration entre l’artiste et son galeriste. Au fil des expositions, Francesca Piqueras captive une audience internationale : en 2016, elle est l’invitée de la Quinzaine Photographique de Beijing, en 2017, «Paesaggio dell’Umanità», une rétrospective majeure de son œuvre lui est consacrée au Palazzo Ducale de Massa, en Italie, avec Daniele Lucchesi comme commissaire d’exposition, et la galerie américaine Holden Luntz, à Palm Beach, lui ouvre ses cimaises en 2021. La même année, elle est pressentie pour le prestigieux prix Pictet, puis représente la France pendant plus d’un an et demi à l’Eretz Israel Museum de Tel Aviv (l’équivalent du Musée de l’Homme) avec vingt-huit tirages grand format lors de la première Photomenta.
Quelques années après le décès d’Olivier Bourdon, Cyril Guernieri lui propose de rejoindre sa toute jeune galerie, rue Mazarine. La première exposition à la Galerie Cyril Guernieri, « De pierre et de sable », a lieu en 2023 jusqu’à la dernière « Inner movement » en 2025.