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Souf Lavi : l’élan vital


Frédéric Grimaud

À Jacmel, le carnaval ne commence pas dans la rue.
Il commence dans les maisons.
À l’aube, avant le bruit et la foule, des mains travaillent encore. On retouche un masque, on recolle une dent, on ajuste une couleur. Le papier mâché sèche lentement au soleil. L’odeur de la colle se mêle à celle du café. Les enfants regardent. Ils apprennent sans le savoir. Ici, le carnaval se transmet avant de se montrer.
Puis, peu à peu, les personnages apparaissent.
On ne met pas un masque : on le devient.
Le corps change, la démarche se transforme, la voix disparaît. Les masques avancent dans la ville comme s’ils s’en souvenaient mieux que nous. Certains font rire. D’autres dérangent. Tous disent quelque chose.
À midi, la rue devient scène.
Il n’y a plus de spectateurs fixes. Tout le monde est dedans. Les masques s’approchent, provoquent, observent. Parfois le rire s’arrête. À Jacmel, quand un masque touche juste, on n’applaudit pas toujours. On comprend en silence.
L’après-midi, la fatigue arrive, mais les tambours continuent. Une transe lente s’installe, douce, collective. Les anciens racontent. La mémoire circule. Le carnaval n’accélère pas le temps : il le traverse.
En fin de journée, certains masques quittent la rue. On les enlève doucement. Ils sont posés contre un mur, sur une table, dans une cour. Le personnage disparaît, mais ce qu’il a dit reste. La ville redevient calme, presque fragile.
La nuit tombe sur Jacmel.
Le carnaval est fini pour aujourd’hui, mais la ville a respiré.
Elle s’est racontée à elle-même, sans discours, sans slogans – par le corps, le geste, le masque.
Ces photographies ne montrent pas seulement une fête.
Elles témoignent d’un moment où un peuple se regarde autrement, où l’art devient parole, et où, derrière chaque masque, se révèle une vérité partagée.

Frédéric Grimaud

Frédéric Grimaud a très jeune été attiré par les voyages. Les lectures de Davy Crockett, Jules Vernes, Jack London l’ont fait rêver par ces explorations de grandes contrées, de routes interminables, de connexion à la nature et par l’imaginaire que cela pouvait produire en lui. C’est lors de son premier voyage, au Bénin en Afrique, qu’il expérimente l’aventure. Equipé de son Canon AE1, ses images traduisent de manière organique ce que ses yeux découvraient.

Sa famille est proche de la photographie et des voyages depuis plusieurs générations, soucieuse peut-être du souvenir et de la transmission. Ses arrière-grands-parents maternels tenaient un commerce dans la photographie dans le sud de la France. Côté paternel, ses arrières-arrières grands-parents tenaient l’Hôtel des Voyageurs en 1872 en Algérie à Oued-Amizour.
Son attrait pour la photographie est né en Normandie en 1997 pendant son parcours de Génie Biologie, à travers ces moments à observer dans le microscope et son quotidien. Il a commencé par immortaliser des paysages, des textures, ses amis, et la musique, puis lui est venue cette attirance pour l’humain. Le tout en argentique. Il est attentif à la dimension de l’intime et du souvenir. Il essaye de capturer ce supplément d´âme qui révèle le sujet, le mettant en beauté dans son émotion la plus sincère et authentique.
Le métier de photographe mûri ainsi que son écriture. Il étudiera plus tard le photojournalisme à Paris et se spécialisera dans le reportage, le documentaire social, le portrait et différentes disciplines artistiques (urbex, surimpression, musiques actuelles…). Il rejoint le collectif divergence-images.com en 2011. Il se spécialise également en vidéo et en pilotage de drone. Il immortalisera une large palette d’images à travers ses carnets de voyage de la Normandie, du Japon, Népal, Pérou, Laos, Inde, Haïti… mais aussi sur des thématiques proches de chez lui comme les QPV, l’autisme, la vieillesse, le handicap, les Voyageurs, les SDF. Ses images circulent dans différentes expositions et festivals en France et à l’international comme aux Etats-Unis, Festival Photo Martagny, Les Promenades de Vendôme, Giverny, UNESCO Vilnius, Visa off Perpignan, Italie, Galeries.
Toujours avec cette volonté de rechercher de nouvelles formes d’images, il permet au public de voyager dans des paysages poétiques et sonores, oniriques et sur-impressionnistes en associant une idée à l’esthétisme tout en racontant une histoire, un récit cohérent.